Archive | mars 2018

Prier c’est méditer ?

En quoi se différencie-t-elle de la prière ?

Dans la prière, on s’adresse à quelqu’un – Dieu – et il y a une intention : demander, remercier, célébrer… On utilise des mots. Dans la méditation de pleine conscience, il s’agit de se rendre présent à ce qui est là, à soi, à sa respiration, à ses pensées. Autant dire que cela semble se situer à l’opposé : on ne s’adresse à personne, on n’attend rien, on essaye d’être dans ce qu’on éprouve, sans avoir besoin de recourir à des mots. Ces pratiques semblent donc contradictoires.

Pourtant, je pense qu’en réalité, elles sont très complémentaires. Il me semble que notre prière ne peut pas être profonde, juste, monter vers Dieu, si elle n’est pas précédée d’un temps où l’on fait silence, où l’on se libère de ses cogitations.

Priez-vous ? Et, si oui, comment articulez-vous prière et méditation ?

D’abord je médite, pour me rendre présent au moment, puis je prie. Il m’arrive aussi de simplement vouloir méditer, sans avoir l’intention de prier. Je m’assieds, je ferme les yeux… et, sans que je m’y attende, me voilà emporté. J’ai soudain le sentiment d’appartenir au monde, l’impression que les frontières entre ma petite personne et l’Univers deviennent poreuses, un sentiment d’interrogation existentielle m’étreint : « Pourquoi suis-je ici à respirer ? » Apparaissent ainsi parfois des états qui appellent la prière, les sentiments de gratitude, de transcendance.

Moi, je suis chrétien, donc je me dis : « Tu as ouvert ton âme à plus grand que toi, tu ressens, de façon très simple, que tu es un petit récepteur et qu’il existe un grand émetteur qui envoie des signaux. » Je pense que la méditation est bonne pour la foi. C’est une manière d’approfondir sa prière, de l’ouvrir à de nouvelles voies, peut-être avec moins de mots et davantage de ressenti corporel. N’hésitez pas, allez-y !

Comment pouvons-nous associer prière et méditation ?

Je pense que pour nous, gens ordinaires, tout est affaire de régularité et de répétition. Par exemple, lorsque l’on s’assoit face à la mer, on est d’abord dans la simple présence apaisée. Mais si l’on reste un peu, on peut ressentir de la reconnaissance envers le Dieu qui nous permet de vivre cet instant. Puis, si l’on pousse encore un peu, le sentiment de Sa présence en nous et autour de nous.

Quand je médite, souvent, je franchis trois étapes : corps, esprit, âme. Quoi qu’il arrive, je commence par prendre conscience de mon corps : dans quel état il est, ce que je ressens, comment je respire. Puis j’examine mes idées : de quoi j’ai envie, ce qui me préoccupe. Parfois, tout cela suffit à nourrir ma méditation, notamment quand je suis soucieux ou anxieux.

Mais parfois, je sens qu’il faut que je pousse encore plus loin. J’essaie de m’ouvrir à plus grand que moi, de me dire : « Tout est bien. N’aie peur de rien, continue d’avancer. » Parfois, je me dis : « De toute façon, tu es dans la main de Dieu. Donc fais de ton mieux et accepte de te laisser porter. Respire, souris, remercie pour tout ce qui t’a déjà été donné. » Là, je ne suis pas dans la méditation pure, mais dans la prière. Je m’accroche au bas de la robe de Dieu !

Qu’a apporté la méditation à votre vie spirituelle ?

Elle l’a considérablement enrichie. Dès que l’on nourrit sa vie intérieure par la méditation, on aboutit à des interrogations d’ordre spirituel. En ce sens, la méditation a réactivé, nourri, multiplié mes temps de prière. Chaque soir, quand je songe aux bonnes choses que j’ai vécues durant la journée, je passe rapidement « en mode prière ». Je repense à trois moments agréables et je dis : « Merci, Seigneur, Tu m’as permis de vivre cela. » Quand j’ai l’impression que je peux mourir, et que cela n’a pas lieu, je Le remercie.

Il y a quelque temps, j’attendais des résultats médicaux à l’issue très incertaine. Je suis allé prier dans la chapelle de l’hôpital. J’ai médité puis j’ai remercié. J’ai dit : « Je ne sais pas ce qui va m’arriver, je Te fais confiance. Mais quoi qu’il m’arrive, merci de m’avoir permis de vivre tout ce que j’ai vécu. » Je crois vraiment que la méditation m’a aidé à aller plus souvent à la rencontre de moments comme ceux-là.

Après avoir médité, parfois je prends la Bible. Je vais chercher des passages que j’explore à l’infini. Mes préférés sont les Psaumes, le Livre des proverbes, l’Ecclésiaste et le Livre de Jérémie.

La méditation n’a pas pour vocation de se substituer à la prière mais de la rendre plus profonde et plus féconde

 

En quoi la méditation peut-elle aider les chrétiens dans leur foi ?

La méditation de pleine conscience, laïque, a occupé une place délaissée petit à petit par la tradition chrétienne. Aujourd’hui, l’Église s’aperçoit qu’elle n’a pas vu venir la vague méditative, qui répond à un besoin d’intériorité. Au croyant, je dirais volontiers la même chose qu’à un patient : méditer ne remplacera pas les soins mais va s’y ajouter. De même, la méditation n’a pas pour vocation de se substituer à la prière mais de la rendre plus profonde et plus féconde.

 Christophe André

La méditation, porte d’entrée de la prière

La méditation est présente dans la tradition chrétienne depuis toujours, car dès lors qu’il s’agit de prier, se pose la question : comment accéder à la prière ? La méditation est la porte d’entrée dans la prière. Après l’écoute de la parole de Dieu, c’est le premier pas vers la profondeur. On se recueille, on rassemble ses facultés, tout son être, pour se mettre à l’écoute de la présence de Dieu.

Elle aide à passer de l’extériorité à l’intériorité, de l’état d’agitation à ­l’attention. Car la présence de Dieu ne se laisse pas découvrir facilement ! Il faut apprendre à faire silence.

Cela dit, celui qui a l’habitude de prier n’en a peut-être pas besoin. Pour certains, cet état d’attention et de présence est naturel. Entrer dans la prière leur est plus facile.

Comment la méditation chrétienne a-t-elle été élaborée ?

É. C. : Dès les IIIe et IV siècles, cette question est au cœur de la quête des Pères du désert. Jean Cassien, au Ve  siècle, donne un début de méthode issue des visites dans de nombreux monastères. Il constate que « notre pensée s’évade », que « notre attention s’évanouit » parce que nous n’avons rien à quoi « ramener notre esprit vagabond » (2). Il propose une manière de prier, devenue la « prière de Jésus » : « Ô Dieu, viens à mon aide, hâte-toi de nous secourir » (Ps 70).

Dans le même temps, il y a un attrait pour la méditation orientale. Quelle est la spécificité chrétienne ?

É. C. : Dans le christianisme, il n’y a pas d’autre voie que le Christ pour aller à Dieu. Méditer, pour un chrétien, c’est donc entrer en soi pour chercher Dieu. Méditer n’est pas faire le vide, mais « ruminer » la parole de Dieu et la vie du Christ. Cela dit, entre chrétiens et ­bouddhistes, le besoin de quitter l’agitation et la dispersion est le même. On recherche le calme en stabilisant le corps dans une position assise, en apaisant sa respiration. L’entraînement à l’intériorité est universel. Ce qui change, c’est la finalité. À savoir, pour les chrétiens : l’union avec Dieu.

► La méditation de pleine conscience attire largement. Pourquoi ?

É. C. : Cet attrait témoigne de la très grande demande actuelle d’intériorité, d’un besoin de se libérer de l’extrême agitation qui règne dans notre quotidien. Face à l’omniprésence du « faire », l’homme prend conscience de son manque « d’être » et de la superficialité. La méditation de pleine conscience vise à apprendre à être présent au présent, dans un état d’attention. Mais elle n’a pas de visée religieuse. Ce n’est pas un acte de prière. Tout le monde peut la pratiquer.

Élyane Casalonga 

Peu importe la durée, seule la régularité compte. On peut s’y adonner en marchant, en courant, en se brossant les dents, avant d’aller dormir…

La méditation de pleine conscience consiste à se focaliser sur l’instant présent, sur ses sensations internes et perceptions. Ce n’est pas une pratique de relaxation. Elle consiste à être plus présent à soi et au monde, à se laisser envahir par les bruits et les odeurs de l’environnement ainsi que par ses propres sensations.

La méditation, c’est quoi ?

C’est une attention juste, conscience attentive de ses actions et de ses pensées

La méditation de pleine conscience, suscite l’intérêt des neuroscientifiques et psychologues, car elle favorise un état mental qui permet de réduire le stress et la dépression. Seulement 10 minutes par jour suffisent pour ressentir les bienfaits au bout de quelques semaines. Alors avancez votre réveil et commencez votre journée plus sereinement.

La Pleine Conscience consiste à être présent à l’expérience du moment que nous sommes en train de vivre.

Mécanismes cérébraux de la méditation :

  • Meilleure stabilité émotionnelle

Le volume de l’amygdale qui est anormalement active dans les états anxieux et dépressifs (zone d’où sont lancés notamment les messages d’alerte émotionnelle, zone impliquée dans la peur, le stress, l’agressivité) est diminué.

  • Augmentation de l’épaisseur corticale

L’épaisseur corticale est augmentée dans l’insula antérieure impliquée dans la conscience intéroceptive et dans l’évaluation de l’intensité de la douleur ainsi que dans le cortex préfrontal qui est impliqué dans les processus attentionnels.

  • Augmentation du volume de matière grise

La substance grise est augmentée dans les aires cérébrales impliquées dans les processus d’apprentissage et de mémoire, dans la régulation des émotions : ces zones sont l’hippocampe gauche (régulation de l’émotion, apprentissage, mémoire), le cortex cingulaire postérieur, la jonction temporo-pariétale et le cervelet.

  • Protection contre le vieillissement cellulaire

La méditation contribue à augmenter l’activité des télomères. Les télomères, situés à l’extrémité de nos chromosomes, sont porteurs de notre patrimoine génétique. La méditation augmente l’efficacité de l’enzyme qu’ils libèrent, la télomérase, ce qui a un effet sur la viabilité des cellules à long terme, longévité diminuant avec le stress chronique.

  • Modulation des mécanismes cérébraux de la douleur

Réduction de l’intensité douloureuse ressentie et réduction du caractère déplaisant de la douleur (réduction de la composante émotionnelle de la douleur chez les patients douloureux c’est-à-dire qu’ils la sentent encore mais sont moins dérangés par elle).

Effets extra-cérébraux de la méditation :

La méditation modifie les taux circulants de neurotransmetteurs « classiques » :

  • Augmentation de la sérotonine et de la dopamine
  • Diminution de la noradrénaline

La méditation régule le système immunitaire en stimulant la production de globules blancs qui luttent contre les virus et bactéries.

 

 

Apprendre à pratiquer la méditation

La méditation peut être l’occasion de se découvrir des ressources insoupçonnées: l’art de ne rien faire, de rester immobile, à l’écoute de son souffle… et se rendre compte que son intuition s’est manifestée et que cet état de calme peut se prolonger durant un bon moment….  
Les bienfaits
sont maintenant connus: cette pratique peut augmenter la créativité, améliorer l’énergie, diminuer le stress et même avoir un impact sur notre niveau de réussite. Elle pourrait également améliorer la pression artérielle, modifier le ressenti de la douleur, aider à gérer le stress et semble même modifier les circuits neuronaux du cerveau.   Apprentissage de méditations silencieuses ou pratique d’introspections guidées, sur un mode simple et ludique. La méditation n’est pas nécessairement grave et sérieuse!

LA MEDITATION DE LA BIENVEILLANCE

Les effets, scientifiquement prouvés, sont très impressionnants dans le cadre d’une pratique quotidienne.

En effet, ce type de méditation augmente le tonus du nerf vague qui relie le cerveau au coeur et à d’autres organes.

Ce nerf vague a plusieurs fonctions dont certaines, étonnantes :

  • Il ralentit le rythme cardiaque, régule la digestion et le sommeil.
  • Il stimule les muscles faciaux pour adopter des expressions faciales en harmonie avec celles de nos interlocuteurs
  • Il active les muscles de l’oreille médiane qui permettent de se concentrer sur la voix de quelqu’un

Rajoutons qu’un tonus vagal élevé implique :

  • plus de résistance aux crises cardiaques
  • un système immunitaire plus fort
  • une diminution de l’inflammation chronique

Le nerf vague nous permet donc d’être en meilleure santé et nous rend plus sociables.

Cette méditation d’amour altruiste répétée chaque jour, en plus de vous apaiser et d’augmenter votre bien-être par un afflux d’émotions positives, va progressivement modifier la teneur de vos rapports interpersonnels, les rendant plus bienveillants et authentiques. Cela créera un cercle vertueux et même un effet de contagion.

Visualisez maintenant quelqu’un pour qui vous éprouvez de l’affection (enfant, conjoint, amis, etc.).

Imaginez son visage souriant.

Evoquez les qualités de cette personne et tout ce que vous aimez en elle.

Laissez monter la tendresse et la chaleur. Accueillez-les et ressentez-la totalement, dans tout votre corps.

Maintenant, répétez en silence les phrases suivantes au rythme d’une par cycle de respiration :

Puisse-t-il se sentir en sécurité.

Puisse-t-il être heureux.

Puisse-t-il être en bonne santé.

Imaginez à chaque fois ce que la réalisation de ces voeux produirait sur cette personne. Quel bonheur elle éprouverait.