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Le régime méditerranéen protège la mémoire et le cerveau

polyphenols.jpgUn régime de type méditerranéen, enrichi par une poignée de noix ou quelques cuillères à soupe d’huile d’olive par jour, peut contrecarrer les effets du vieillissement sur le cerveau selon une nouvelle étude d’intervention.

L’étude a été conduite par Emilio Ros et son équipe de l’Université de Barcelone.

Le régime méditerranéen est surtout connu pour ses bénéfices sur la santé cardiovasculaire. Il fait appel à des légumes, fruits, aromates, céréales complètes, légumineuses. Il comprend aussi des poissons et du vin, un peu de viande et de produits laitiers (surtout fermentés).

Qu’est-ce qui protège donc des signes de l’âge le cerveau des personnes suivant un régime méditerranéen ? Les médecins y voient l’effet des nutriments antioxydants et anti-inflammatoires que celui-ci fournit en abondance.

En particulier, les polyphénols. Ces substances produites par les plantes, présentent entre autres dans le vin rouge, ont des effets démontrés sur la santé neurologique : elles améliorent la circulation sanguine dans le cerveau, la transmission de signaux entre les neurones, et la production de neurotrophines (des facteurs de croissance qui stimulent la production de nouveaux neurones).

Une étude sur deux groupes de personnes démontre  les bienfaits de ces composés : dans les urines du groupe “huile d’olive”, les biologistes ont retrouvé une concentration accrue d’un polyphénol appelé hydroxytyrosol. Dans le groupe “noix”, ils ont en revanche retrouvé plus d’acide alpha-linolénique (un acide gras polyinsaturé, dont la chaîne de carbone présente plusieurs doubles liaisons), qui est, lui, connu pour accroître la plasticité cérébrale et exercer un effet antidépresseur sur les animaux de laboratoire.

Le régime méditerranéen répond aux principales recommandations suggérées par le Programme national nutrition santé (PNNS).

Grâce aux bienfaits des antioxydants présents dans les fruits, légumes et l’huile d’olive, les effets du vieillissement cérébral et du déclin cognitif, ainsi que le processus de neurodégénérescence pourraient être retardés.

Il n’est jamais trop tard pour changer votre régime alimentaire en vue d’améliorer votre santé », explique le docteur Emilio Ros, coauteur de l’étude et chercheur au Hospital Clinic de Barcelone (Espagne).

 

 

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L’expérience du temps : le corps et sa mémoire

Les psychomotriciens travaillent au niveau de la mémoire sensorielle et affective.

La mémoire est la résurrection de sentiments sous forme de souvenirs. Elle serait suscitée par des excitations sensorielles ‹olfactives, visuelles, et kinesthésiques) ; Schopenhauer appelait l’odorat « le sens de la mémoire ». Mais il n’y a pas que l’odorat. Chez Proust, c’est le goût de la madeleine qui lui rappelle Tante Léonie ; chez Chateaubriand, c’est le gazouillement d’une grive dans les bois qui lui rappelle le domaine paternel et la tristesse de COMBOURG. Au-delà du souvenir la sensation fait revivre les éprouvés corporels de l’enfance.

Mais pour que la mémoire puisse réactualiser un passé oublié, encore faut-il que les perceptions sensori-motrices aient été transformées, transposées, métaphorisées en affects. Nous avons vu qu’il n’y a pas de mémoire sensori-motrice ; il n’y a que des habitudes. Ce qui revient à dire que la mémoire concerne le corps en tant qu’il est affecté par les sens.

Mais le souvenir revécu peut ne pas être reconnu dans un premier temps.

Le retour affectif du passé est revécu au présent, sans distinction, ni du présent ni du passé. Ces moments revécus appartiennent alors à l’éternel « en dehors du Temps » dit Proust dans le Temps retrouvé. Le souvenir n’est identifié que dans l’après-coup de la reviviscence affective. Mais il n’est jamais réellement reconnu car alors il cesserait d’être affectif pour devenir un acte intellectuel.

Bien que présentifié, le souvenir est rejeté hors du présent en tant que passé. Il marque la présence de l’absence, le visible de l’invisible.

La mémoire authentique n’est pas le passé redevenu présent, mais le passé reconnu passé, pensé et vécu comme passé. La mémoire incluse l’histoire du sujet en tant qu’Histoire.

Mémoire et émotions Se rappeler un événement, c’est à la fois identifier ce qu’il signifie et réactiver une émotion. C’est rapprocher une connaissance générale de l’autobiographie.

Par Rémy Versace

Qui n’a pas été troublé par une musique ou un parfum qui fait immédiatement resurgir une trace du passé ? Dans toutes nos activités, chacun d’entre nous utilise des connaissances qui lui permettent généralement de produire des comportements adaptés aux situations auxquelles nous sommes confrontés.La plupart des recherches sur la mémoire humaine développées dans la dernière décennie défendent l’idée centrale de connaissances émergeant de la réactivation de traces d’expériences passées stockées en mémoire. Ces traces mnésiques refléteraient l’ensemble des caractéristiques sensorielles de nos expériences passées (formes, couleurs, sons, odeurs), nos actions et plus largement notre activité, mais aussi nos états émotionnels et motivationnels qui déterminent en grande partie cette activité. La mémoire ne serait donc que le produit de la rencontre entre l’expérience présente et les traces, dans le cerveau, des expériences passées.

Cette conception dynamique de la mémoire s’oppose à une approche plus traditionnelle qui, pendant longtemps, l’a considérée comme un simple stock de connaissances dans lequel l’individu vient piocher pour comprendre le monde. Pour se faire une idée plus précise de ce qu’est réellement la mémoire, allons nous promener du côté de Combray, juste pour un thé.

Dans ce court extrait de À la recherche du temps perdu (Du côté de chez Swann), Marcel Proust décrit parfaitement une mémoire directement liée à nos sensations et à nos émotions, qui aurait ici conservé l’odeur et la saveur de la madeleine de tante Léonie. On voit aussi que le souvenir ne fait pas partie d’un stock de connaissances dans lequel on pourrait puiser à volonté ; sa réminiscence est rendue
possible par la similarité entre la situation présente (l’odeur et la saveur du thé associées à celles de la madeleine) et les traces laissées en mémoire par ce souvenir d’enfance.

Mémoire et émotion

Si la mémoire est reconnue comme étant autant conservatrice que sélective, on peut dire que le tri et la conservation des informations s’opèrent largement au travers du filtre des émotions.

L’émotion se traduit sous forme de manifestation subjective interne ; elle est plus brève que l’humeur et plus ciblée.
Selon Pierre Janet (philosophe, psychologue et médecin français, 1859-1947), les émotions seraient des phénomènes transitoires et perturbateurs qui viendraient entraver la raison. Or, la raison et les émotions ne sont pas si éloignées, au contraire. De nombreux travaux paraissent aujourd’hui à ce sujet. Les émotions ont une grande influence sur la mémoire, de sorte qu’elles se définissent comme un état affectif intense, lié à la mémorisation. Il a ainsi été montré que les événements émotionnels étaient mieux retenus que les événements neutres, qui n’ont pas procuré d’émotion particulière au sujet : quelqu’un de triste se rappellera mieux les évènements tristes que les évènements heureux. En d’autres termes, notre mémorisation dépendra de la sensibilité émotionnelle du moment. Ce point est capital, puisqu’il démontre que la mémoire n’est pas qu’une retenue des vécus, mais opère un tri des informations à mémoriser, cela en fonction des sensations ressenties et de notre humeur.

La construction du Soi dépendrait notamment des événements vécus avec émotion.
Si certaines personnes sont moins émotives que d’autres, des études prouvent néanmoins que le bon fonctionnement de la mémoire dépend de la sensibilité et du degré d’émotivité encouru. En effet, les personnes qui contrôlent leurs émotions se représentent mentalement les évènements passés et futurs avec moins de détails sensoriels et contextuels. L’émotion est alors une sorte de loupe du souvenir, donnant de la substance à nos vécus ; pourtant celle-ci est plus ou moins sollicitée, dépendant en effet du bon vouloir de l’individu et de sa personnalité.
Le sommeil n’est pas simplement un moment de consolidation de la mémoire, mais il est aussi un moment d’oubli et de tri, ce qui conforte la thèse alliant mémoire continue et sélective. Géraldine Rauchs chercheuse de l’Inserm de Caen.

La mémoire est donc liée au caractère émotionnel d’un évènement et est également clairement influencée par la sensibilité et la volonté du sujet. Ainsi, si le Soi se définit par sa mémoire, il est aussi ce qui la rend efficace en la guidant personnellement. Mémoire et sujet sont bien entremêlés et fondateurs ensemble de l’identité.

Les émotions montrent en quoi la mémoire est profondément intime et personnalisée chez une personne. La mémoire n’est pas qu’une somme de souvenirs, mais obéit à des affects personnels.

LA MEMOIRE C’EST COMME UN JARDIN ELLE SE CULTIVE . L’Abbé Guillaume

LA MEMOIRE C'EST COMME UN JARDIN ELLE SE CULTIVE . L'ABBE GUILLAUME

La mémoire constitue l’estomac de l’esprit
Saint Augustin

L’odorat est un indice fort pour la mémoire.

Mémoire de tous les temps qui sommeille en nous et qui est au cœur de la création.
Il n’y aura jamais assez d’heures pour venir à bout de la mémoire.
Le temps est une mémoire sans objet. Forcer le temps à se souvenir c’est, pour ainsi dire, arrêter le temps.

Edmond Jabès

Se souvenir, c’est reconstituer le livre à partir de ces pages dispersées.

Pour conserver une bonne mémoire, l’idéal est de l’entraîner et de préserver son sommeil. Aussi étonnant que cela puisse paraître, le sommeil permet au cerveau de consolider les souvenirs.
La mémoire fonde l’identité, établit la personnalité. Elle permet de voyager dans le temps, de récupérer les informations antérieures, de nous ancrer dans le présent, de nous projeter dans l’avenir.

Nous sommes ce que nous avons vécu, ce que nous savons et ce que nous ferons. L’oubli le plus préjudiciable est celui qui ne nous permet plus d’avancer. La mémoire permet, elle, de mieux nous comprendre, de mieux comprendre le monde ; elle fait de nous un être unique et responsable, elle crée notre singularité.

Saint Augustin