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Le trauma fracasse, c’est sa définition. Et la résilience qui permet de se remettre à vivre associe la souffrance avec le plaisir de triompher. Curieux couple !. Boris Cyrulnik

CREER DU SENS
Les événements traumatisants entraînent fréquemment des crises existentielles qui font émerger des interrogations sur le sens de la vie, de la souffrance et de la justice dans le monde. Lorsque le drame atteint personnellement quelqu’un ou l’un de nos proches, se pose la question : « Pourquoi cela arrive-t-il ? », et surtout « Pourquoi moi ? »
De nombreuses études ont en effet mis en évidence la fréquence de la question Pourquoi ?, quel que soit le traumatisme. Est-il bénéfique de se focaliser sur cette question ? Les connaissances actuelles à ce sujet sont encore incertaines. Certaines études montrent que les personnes qui se posent la question vont mieux que celles qui ne se la posent pas, d’autres le résultat inverse. La pire situation est celle où la personne rumine longtemps cette question sans jamais trouver de réponse.

La résilience se manifeste lorsque la personne passe de la focalisation sur le passé au regard tourné vers l’avenir.

Notre question « Pourquoi devons-nous ressentir de la douleur ? » devient « Que faisons-nous avec notre douleur pour qu’elle soit significative et pas seulement une souffrance gratuite, vide de sens ? »

Comment faire en sorte que les expériences pénibles de notre vie nous transforment ou nous grandissent ? » .
Notons, à ce propos, une évolution intéressante des recherches sur le traumatisme. Les psychologues ont décrit en détail l’impact négatif des drames de l’existence, ce qu’ils appellent le stress post-traumatique (cauchemars, angoisses, etc.). Mais depuis quelques années, se développe parallèlement des recherches sur la croissance post-traumatique . Ce n’est pas l’événement en soi qui conduit à la croissance, mais la lutte de l’individu avec cette nouvelle réalité à laquelle il est confronté. La croissance post-traumatique n’élimine pas le mal-être, mais se juxtapose à lui. La personne tire des bénéfices de son expérience, mais ne nie pas ses difficultés.

La croissance post-traumatique a été constatée dans des situations très diverses : deuil, maladies graves, handicap, accident de la route, incendie de maison, agression sexuelle, guerre, le fait d’être réfugié, kidnapping.
Cinq domaines de croissance post-traumatique ont été repérés :
- plus grande appréciation de la vie et changement de priorités dans l’existence
- relations plus chaleureuses et plus intimes avec les autres
- sentiment plus grand de force personnelle
- reconnaissance de nouvelles possibilités ou de voies dans la vie de la personne
- changement spirituel.

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Nous sommes tous un jour ou l’autre, confrontés à un traumatisme plus ou moins difficile à combattre, nous devons tous vivre avec «le murmure de nos fantômes ». Cyrulnik

L’ethnologue et neuropsychiatre Boris Cyrulnik est un pionnier du concept, le mot résilience vient du latin : «ressauter» non pas ressauter à la même place, comme si rien ne s’était passé, mais ressauter un petit peu à coté pour continuer d’avancer. Pour lui, même dans les cas les plus terribles, les personnes peuvent s’en sortir et reprendre le cours de leur vie grâce à quelques difficultés acquises dans l’enfance et aux soutiens qu’ils trouvent après l’expérience traumatique.

Peut-on apprendre la résilience ?

Après un choc ou une douloureuse épreuve, un individu et ce, qu’importe son âge, est plus ou moins contraint de se créer un processus de résilience. Il s’agit alors d’accepter le coup du sort, de le maîtriser pour ensuite le transformer et pouvoir ainsi continuer à vivre normalement. Même si bien sûr, la blessure est présente et le restera toujours…

Les gens n’ont pas la même réaction face aux drame qu’ils vivent…Certains se reprennent en main alors que d’autres s’effondrent… Pourquoi ?

Les facteurs innés et acquis

Certains déterminants génétiques sont à prendre en compte. En effet, selon les individus, le cerveau ne produira pas la même dose de dopamine, de sérotonine, et donc de substances euphorisantes. Certains enfants à la naissance seront donc plus «actifs» et psychiquement plus solides que d’autres.

Les facteurs contribuant à la résilience

A. Les mécanismes de défense

L’activisme
L’activisme peut être une réponse ponctuelle par exemple : la personne se réfugie dans son travail pour oublier momentanément sa peine, on peut parler de mécanisme adaptatif, il peut interdire toute réflexion sur soi par le fait que l’hyperactivité empêche le repos psychique.

L’affirmation de soi

Par l’expression des sentiments, en proies à un état émotionnel ou à un événement extérieur, la personne qui utilise ce mécanisme de défense communique sans détours sentiments et pensées de façon ni agressive ni manipulatrice, exemple : le personnel humanitaire.

L’agression passive

Il s’agit d’une réponse aux conflits émotionnels ou aux facteurs de stress intenses ou externes, par une agression envers autrui exprimée de façon indirecte et non combative. L’agression passive représente une réponse aux exigences d’action ou de performance d’une autre personne, ou au manque de gratification des propres désirs du sujet.
Exemple : la personne qui n’exprime pas son hostilité ou sa colère ouvertement mais l’exprime en laissant des notes virulentes à l’attention de ses collègues de travail.

L’altruisme

Le dévouement à autrui permet au sujet d’échapper à un conflit; ici, le risque est de tisser une relation de dépendance avec la ou les personnes avec lesquelles il se dévoue.

L’anticipation

Anticiper consiste lors d’une situation conflictuelle, à imaginer l’avenir, en expérimentant d’avance ses propres réactions émotionnelles, en prévoyant les conséquences de ce qui pourrait arriver en envisageant différentes réponses ou solutions possibles; c’est souvent le cas lorsque la personne s’avère incapable d’affronter une nouvelle situation sans l’avoir anticipée.

La complaisance

Le sujet a recours à la soumission passive pour éviter les conflits et les facteurs de stress, ce mécanisme assimilable à l’inhibition de l’action plus qu’à la fuite devant l’agression est très coûteuses. L’agressivité ainsi masquée se retourne contre le sujet. Elle est surtout pathologique; la complaisance peut aussi être une façon de se rendre indispensable dans le groupe.

Contrôler, gérer, diriger

Contrôler de manière exagérée les événements et les objets de l’environnement a pour but de minimiser l’anxiété et de résoudre les conflits internes. Ce contrôle peut s’exercer par différentes stratégies comme l’intervention avec des suggestions, la séduction et la complaisance excessive.

L’humour

Il apparaît comme une défense permettant une sublimation des pulsions agressives, l’humour aura comme effet de présenter une situation vécue comme traumatisante de manière à en dégager les aspects plaisants, ironiques, et insolites. C’est seulement lorsque l’humour est appliqué à soi même qu’il peut être considéré comme un mécanisme de défense.

Le déni

Le déni peut porter sur des aspects variés de la réalité, c’est refuser la réalité d’une perception vécue comme dangereuse ou douloureuse «c’était pour mon bien». Le déni sert à entretenir l’illusion d’invulnérabilité «cela ne m’arrivera jamais».

L’intellectualisation

L’intellectualisation est une des variétés d’isolement, et peut également constituer un moyen de se protéger de l’intensité des affects de déplaisir en les évacuant pour privilégier le monde des idées et de la rationalisation logique.

B. Les tuteurs et l’estime de soi

Deux éléments sont susceptibles de faciliter le développement de l’estime de soi:
Sentir qu’on a de la valeur aux yeux d’autrui.
– Se prouver à soi même qu’on a de la valeur.

Les tuteurs de résilience jouent souvent sans le savoir, sur ces deux aspects. Un enfant mal aimé peut ressentir comme une véritable illumination dans son existence en étant au contact d’une personne chaleureuse, ouverte et attentive, humaine tout simplement. Certes le tuteur de résilience a généralement conscience qu’il a fait du bien. On peut dire que l’univers de la résilience est l’école de la modestie.

Les qualités d’un tuteur de résilience

– Il manifeste de l’empathie et de l’affection
– Il s’intéresse prioritairement aux cotés positifs de la personne.
– Il est modeste.
– Il est patient.
– Il laisse à l’autre la liberté de parler ou de se taire.
– Il ne se décourage pas face aux échecs.
– Il facilite l’estime de soi d’autrui
– Il associe le lien et la loi
– Il évite les gentilles phrases qui font mal

– La personne blessée est souvent méfiante, il faut du temps pour recréer la confiance, pour apprivoiser l’enfant qui n’a pas été habitué à l’amour.

C. Un cadre structurant pour les enfants et les adolescents

L’enfant et l’adolescent en difficulté ont non seulement besoin d’amour, mais aussi d’un cadre structurant;
en effet, tisser des liens n’est pas incompatible avec le fait de poser des règles; ces deux attitudes sont complémentaires et s’inscrivent dans le « triangle fondateur de la résilience »: le lien, la loi et le sens.
Ces trois fondements s’influencent l’un l’autre pour former 4 types de comportements:

Liens/sens : se sentir aimé permet de donner un sens à son passé et une direction à son futur.
Sens/lien : témoigner et aider autrui crée des liens.
Loi/sens : donner des repères à un jeune l’aide à se construire un avenir.
– Loi/lien : une attitude respectueuse des autres facilite la création des liens.

Il est important que l’enfant ne souffre pas du manque de repères dans l’univers familial: instaurer des règles de vie, des limites et le lien, n’est pas suffisant: il est nécessaire de lui associer la loi, en maintenant un bon équilibre entre les deux, en considérant que ce sont des attitudes complémentaire non contradictoires.

Ne pas fixer de limites à l’enfant est une façon involontaire de ne pas le reconnaître à sa juste valeur, de ne pas le considérer comme un être suffisamment responsable de ses actes ; l’équilibre entre les deux va engendrer la cohérence éducative et par voie de conséquence : la résilience.

Guérir sa vie un chemin intérieur. Gustave Nicolas Fischer

Biographie

Gustave-Nicolas Fischer Professeur émérite de psychologie sociale. Il enseigne à Montréal et à Genève. Psychologue spécialisé en psychologie de la santé, il a publié chez Dunod mais aussi au Seuil et chez Odile Jacob (« Psychologie du cancer », Janvier 2013 ; « Les blessures psychiques », 2003, « La trace de l’autre », 2005)
Partant de l’expérience des rescapés des plus grands traumatismes, ce livre nous invite à guérir des blessures psychiques que peuvent laisser les événements, extraordinaires ou ordinaires, de l’existence.
Car dépasser la détresse et surmonter la souffrance est toujours possible.
Contre les systèmes d’aide artificiels, souvent plus nocifs qu’efficaces, c’est un travail personnel que propose ici Gustave-Nicolas Fischer, où la mémoire et la parole, la réparation et le pardon permettent de s’affranchir du passé et de vivre pleinement le présent.

Pourquoi votre tête soigne t-elle votre corps ?

Comment se reconstruire après une épreuve personnelle destructrice et douloureuse ?

L’auteur décrit ce processus intérieur qui devient voie de sagesse :

Trouver la force de revivre, se libérer de sa souffrance, reprendre confiance et agir au quotidien en posant des actes guérisseurs afin d’entraîner une transformation de soi et de sa manière

Résilience : comment ils s’en sortent

Ils refusent leur rôle de victime passive, ont des rêves fous et de l’humour. Ces blessés de l’âme ont transformé leur souffrance en une rage de vivre. Boris Cyrulnik explique comment ils se défendent et se construisent.

Face aux traumatismes, certains s’en tirent mieux que d’autres. Ils vivent, rient, aiment, travaillent, créent, alors que les épreuves qu’ils ont traversées auraient logiquement dû les terrasser. Par quel miracle ? Cette énigme s’appelle la « résilience ». Les recherches en ce domaine ont débuté dans les années 90, sous l’influence de psychiatres américains spécialistes de la petite enfance, tels Emmy Warner ou John Bowlby.

En France, Boris Cyrulnik a été le premier à s’y atteler. Dans son essai “Un merveilleux malheur”, il s’interrogeait sur les processus de réparation de soi inventés par les rescapés de l’horreur. Dans “Les Vilains Petits Canards”, qui vient de paraître aux éditions Odile Jacob, il montre comment ces processus se mettent en place dès les premiers jours de la vie et permettent de se reconstruire après la blessure.

Psychologies : Comment définissez-vous la résilience ? Quelle est l’origine de ce terme ?

Boris Cyrulnik : C’est l’aptitude d’un corps à résister aux pressions et à reprendre sa structure initiale. Ce terme est souvent employé par les sous-mariniers de Toulon, car il vient de la physique.

En psychologie, la résilience est la capacité à vivre, à réussir, à se développer en dépit de l’adversité.

On a le sentiment que ce terme ne s’applique qu’aux traumatisés profonds.

Mais ne concerne-t-il pas chacun d’entre nous ?

B.C : Les deux sont vrais. Je pense qu’on ne peut parler de traumatisme – et d’évolution résiliente – que si l’on a côtoyé la mort, si l’on a été agressé par la vie ou par les autres, ou encore si des personnes de notre entourage ont été en danger. Mais les processus qui permettent de reprendre son développement après un coup du sort nous concernent tous, car ils obligent à penser la vie en termes de devenir, d’évolution.

D’ailleurs, environ une personne sur deux subit un traumatisme au cours de son existence, qu’il s’agisse d’un inceste, d’un viol, de la perte précoce d’un être cher, d’une maladie grave ou d’une guerre.

B.C : Etre créateur, c’est installer dans le monde quelque chose qui n’y était pas avant nous. Donc, pour l’être, il convient d’être un peu marginal, de marcher sur un sentier de montagne et pas sur l’autoroute. Or, les résilients, à cause des difficultés qu’ils ont traversées, ont quitté les chemins balisés. La vie, la société, les en a chassés. Très tôt, ils commencent à écrire le récit de leurs épreuves, même si ce récit n’est jamais publié et reste au fond d’un tiroir.

Est-on résilient ou non résilient une fois pour toutes ?

B.C : Il me semble que, lorsqu’on a été blessé dans sa vie, on est contraint de mettre en place, de tricoter un processus de résilience jusqu’à sa mort. La blessure est enfouie, maîtrisée, transformée, mais elle ne guérit jamais complètement.