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Le sens de la vie est la plus pressante des questions. Albert Camus

Deux disciplines se sont particulièrement penchées sur ce thème : la philosophie et la psychologie, cette dernière apportant des pistes de réponse à des interrogations formulées depuis des millénaires par des philosophes. En particulier, diverses enquêtes aboutissent à la conclusion qu’il y a essentiellement trois grandes façons de donner du sens à sa vie : les relations affectives ; les pensées, croyances et valeurs ; l’action.

Quel que soit l’âge, ce sont systématiquement les relations interpersonnelles qui arrivent largement en tête. Les personnes qui jouissent de relations sociales positives trouvent leur vie plus satisfaisante, sont moins sujettes à la dépression et à d’autres troubles psychologiques, présentent un taux de suicide moins élevé que celles qui n’en ont pas et supportent mieux les coups du sort tels que le deuil, le chômage et la maladie.

Léon Tolstoï nous a livré un témoignage impressionnant d’une conversion individuelle comme réponse à une quête de sens à l’existence . A l’âge de cinquante ans, parvenu au faite de la gloire, il traverse une douloureuse période de désespoir qui le mène au bord du suicide. Après une quête infructueuse dans les sciences et la philosophie, il se tourne « vers ces immenses masses d’hommes simples, ni savants ni riches » dont la foi simple le bouleverse profondément et l’amène à cette certitude : « Je compris que la foi n’était pas seulement le dévoilement des choses invisibles, ni une révélation (…), ni la relation de l’homme à Dieu (…), mais que la foi était une connaissance du sens de la vie humaine, grâce à laquelle l’homme vivait plutôt que de se tuer. La foi était la force de la vie. Tant que l’homme vit, il doit croire à quelque chose. S’il ne croyait pas qu’il faut vivre pour quelque chose, il ne vivrait pas. »

Ainsi, pour le sculpteur Auguste Rodin, les œuvres d’art « nous arrachent à l’esclavage de la vie pratique et nous ouvrent le monde enchanté de la contemplation et du rêve. (…) L’art indique aux hommes leur raison d’être. Il leur révèle le sens de la vie, il les éclaire sur leur destinée et par conséquent les oriente dans l’existence. »

Trouver du sens par nos actes

L’engagement dans l’action est la troisième manière de donner du sens à sa vie. Ainsi, l’activité professionnelle constitue une source importante de sens pour de nombreux individus. La sociologue Estelle Morin a demandé à des gestionnaires québécois de lui décrire un travail qui a du sens. Pour la majorité d’entre eux, il s’agit d’une activité productive qui mène à quelque chose, une activité intéressante qui leur fait plaisir, qui les fait se sentir utiles et qui profite aux autres tout en leur permettant de développer leur potentiel.

- La logothérapie, une thérapie fondée sur le sens de la vie

La recherche de sens se situe au cœur d’une forme de psychothérapie appelée la logothérapie, encore trop peu connue en France.

Les réflexions de Viktor Frankl, son créateur, sont le fruit de son expérience de prisonnier durant la Seconde guerre mondiale. Après avoir survécu à quatre camps de concentration, il est libéré par les Américains en 1945. Revenu chez lui, il apprend que ses parents, son frère et sa femme ont tous disparu en déportation. Il écrit alors, en neuf jours un ouvrage qui est la clé de voûte de son œuvre et le coup d’envoi de sa méthode psychothérapeutique :

Il fallait, écrit-il, que nous changions du tout au tout notre attitude à l’égard de la vie. Il fallait que nous apprenions par nous-mêmes et, de plus, il fallait que nous montrions à ceux qui étaient en proie au désespoir que l’important n’était pas ce que nous attendions de la vie, mais ce que la vie attendait de nous. Au lieu de se demander si la vie avait un sens, il fallait s’imaginer que c’était la vie qui nous questionnait, journellement et à toute heure. »

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Le trauma fracasse, c’est sa définition. Et la résilience qui permet de se remettre à vivre associe la souffrance avec le plaisir de triompher. Curieux couple !. Boris Cyrulnik

CREER DU SENS
Les événements traumatisants entraînent fréquemment des crises existentielles qui font émerger des interrogations sur le sens de la vie, de la souffrance et de la justice dans le monde. Lorsque le drame atteint personnellement quelqu’un ou l’un de nos proches, se pose la question : « Pourquoi cela arrive-t-il ? », et surtout « Pourquoi moi ? »
De nombreuses études ont en effet mis en évidence la fréquence de la question Pourquoi ?, quel que soit le traumatisme. Est-il bénéfique de se focaliser sur cette question ? Les connaissances actuelles à ce sujet sont encore incertaines. Certaines études montrent que les personnes qui se posent la question vont mieux que celles qui ne se la posent pas, d’autres le résultat inverse. La pire situation est celle où la personne rumine longtemps cette question sans jamais trouver de réponse.

La résilience se manifeste lorsque la personne passe de la focalisation sur le passé au regard tourné vers l’avenir.

Notre question « Pourquoi devons-nous ressentir de la douleur ? » devient « Que faisons-nous avec notre douleur pour qu’elle soit significative et pas seulement une souffrance gratuite, vide de sens ? »

Comment faire en sorte que les expériences pénibles de notre vie nous transforment ou nous grandissent ? » .
Notons, à ce propos, une évolution intéressante des recherches sur le traumatisme. Les psychologues ont décrit en détail l’impact négatif des drames de l’existence, ce qu’ils appellent le stress post-traumatique (cauchemars, angoisses, etc.). Mais depuis quelques années, se développe parallèlement des recherches sur la croissance post-traumatique . Ce n’est pas l’événement en soi qui conduit à la croissance, mais la lutte de l’individu avec cette nouvelle réalité à laquelle il est confronté. La croissance post-traumatique n’élimine pas le mal-être, mais se juxtapose à lui. La personne tire des bénéfices de son expérience, mais ne nie pas ses difficultés.

La croissance post-traumatique a été constatée dans des situations très diverses : deuil, maladies graves, handicap, accident de la route, incendie de maison, agression sexuelle, guerre, le fait d’être réfugié, kidnapping.
Cinq domaines de croissance post-traumatique ont été repérés :
- plus grande appréciation de la vie et changement de priorités dans l’existence
- relations plus chaleureuses et plus intimes avec les autres
- sentiment plus grand de force personnelle
- reconnaissance de nouvelles possibilités ou de voies dans la vie de la personne
- changement spirituel.

Le savant le plus grand est celui qui cherche désespérément à poser les bonnes questions et connaît les limites de son savoir, c’est-à-dire l’infini de son ignorance. Serge Bouchard

Et si l’inutile, la gratuité, le don, l’insouciance, le plaisir, la recherche désintéressée, la poésie, la création hasardeuse, engendraient de la valeur ? Et si les marchands dépendaient – ô – combien des poètes ? Et si la fourmi n’était rien sans les cigales ? Voici maintenant venu le temps d’affirmer, contre les économistes, que l’inutile crée de l’utilité, que la gratuité crée de la richesse (de la vraie : sonnante et trébuchante), que l’intérêt ne peut exister sans le désintéressement.
Bernard Maris

Trouver un sens à sa vie. La logothérapie (raison se dit « logos » en grec)

Valoriser notre temps et nos ressources

Je suis unique : je suis le seul à réaliser ce qui est en mon pouvoir dans mes circonstances, dans les délais qui sont ceux de ma vie, dans mon environnement. Ma vie elle-même me pose la question du sens à lui donner : c’est à moi de la prendre en main, de lui donner une direction. Je suis responsable de ma vie.

Une responsabilité unique

Chacun a une tâche à accomplir sur cette terre et, en cela, il est irremplaçable. Nous ne pouvons rien changer au passé, à nos erreurs, limites et blessures, mais l’avenir est à nous. Et je peux choisir envers qui ou envers quoi je veux être responsable.

Ma vie est toujours dirigée vers quelqu’un d’autre que moi-même ou quelque chose d’autre. En nous consacrant à une personne aimée ou à une cause, nous nous humanisons, nous nous réalisons en tant que personne humaine : c’est en nous dépassant que nous trouvons le sens de notre vie !

Viktor E. Frankl (1905-1997) psychiatre autrichien