Archive | décembre 2018

« L’action est l’antidote du désespoir. »Jean Baez

Peut-être avez-vous envisagé qu’elle soit encore en vie, une femme aux Etats Unis a survécu à un crash comme celui-ci, je l’ai vu vu dans une émission à la télé. Non, jusqu’à présent nous restions dans l’attente de nouvelles par le consulat de France au Caire. Peut-être devriez-vous aller sur place, me suggéra-t-il. Malheureusement je ne peux pas me rendre disponible dans l’immédiat par rapport à mon travail, mon mari peut-être… J’étais dans l’embarras. C’est vrai que le mieux serait d’aller sur place mais comment faire ?

« Ce sont toujours nos bons sentiments qui nous font faire de vilaines choses » Jean Anouilh

Ecoutez me dit-il  si votre mari est d’accord nous pourrions aller sur place en Egypte ? Une proposition qui me réchauffa le coeur. Mais lui dis-je pourquoi faites vous ça ? Vous avez une famille… Vous avez raison. Mais un jour comme vous le savez nous ne savions qu’écrire; j’ai reçu un courrier de votre mère. Elle était sur Paris à cette époque. Elle venait de se faire cambrioler. Je n’avais pas eu de ses nouvelles depuis… Et là une lettre à laquelle j’ai répondu que je ne pouvais pas me rendre disponible (j’allais faire mon service militaire) et je m’en suis toujours voulu…C’est pourquoi aujourd’hui d’autres circonstances se présentent et l’action avec le recul du temps est un meilleur remède pour ne pas avoir de regrets. Je le regardais. Cet homme qui dans sa jeunesse avait tant aimé ma mère. Je recevais du baume au coeur. Je lui dis en parler à mon mari de ce projet et nous nous quittâmes différents tous les deux d’il y a  quelques heures. Mon mari approuva l’idée d’aller sur place en Egypte pour élucider le pourquoi du comment de la disparition du corps de ma mère.

« L’errance en amour est pardonnable »

Ils sont partis tous les deux ce matin. Nous sommes fin septembre. Neuf mois déjà…L’arrivée au Caire dans la foule, dans le berceau d’une ancienne civilisation puis à l’hôtel après un périple hasardeux en taxi dans les rues grouillantes de monde mirent nos deux bretons de bonne humeur. Le rendez-vous avec le consul de France était pris pour le lendemain. Ce soir ils allaient s’imprégner de cette ville du Caire aux contrastes pittoresques.

« Comme les musées, les bibliothèques sont un refuge contre le vieillissement, la maladie, la mort. » Jean Grenier

Au coeur de cette ville moderne où se trouvait leur hôtel, le musée égyptien était tout près. Ils se promirent d’y aller. Puis ils se mélangèrent à la foule où beaucoup de touristes étaient présents. Ce qui frappait c’était tous ces policiers dans la ville, dû au dernier attentat. Ils se sentaient protégés. La nuit tombait sur le Caire. Les lumières brillaient. Le va et vient incessant des taxis sur les routes, la douceur égyptienne. Le Nil artère vitale de l’Egypte et, de l’autre côté du fleuve l’île de Gézira (voir photo) dominée par la tour du Caire en forme de fleur de lotus. Après avoir aperçu ces infrastructures, la fatigue du voyage aidant, ils sont retournés à leur hôtel où un repas les attendait.

Les enfants n’ont ni passé, ni avenir, ils jouissent du présent. Jean de la Bruyère

Entre eux il y avait dû avoir beaucoup de correspondance en plus du fait qu’ils se voyaient à l’école. Mais c’était des échanges secrets sur des sentiments d’adolescents. Des amours naissants. Je découvrais à l’instant un passage de la vie de ma mère que je ne connaissais pas. Et puis dans cette même boite je trouvais des photos récentes découpées dans le journal… de lui.

« Quarante ans c’est la vieillesse de la jeunesse, mais cinquante ans c’est la jeunessse de la vieillesse ». Victor Hugo

Cet amour de jeunesse devait revenir à la surface, c’est bien connu qu’à la cinquantaine les souvenirs affluent… J’en parlais à mon mari le soir même. Je lui montrais mes découvertes. Lui aussi découvrait cette histoire enfuie, cachée qui faisait partie du passé, d’un passé, celui de ma mère.

« Agis toujours bien, tu feras plaisir à quelques-uns et tu étonneras les autres ». Mark Twain

Que vas-tu faire de ce courrier me demanda t -il ? Je n’en sais rien… Je vais le garder… Le brûler peut-être… Ce sont de belles lettres d’un ado amoureux vieilles de près de quarante ans… Puis le lendemain, la nuit portant conseil, j’ai téléphoné à cet ado de la cinquantaine et j’ai pris rendez-vous avec lui prétextant lui remettre un document.

« Savoir écouter c’est posséder outre le sien, le cerveau des autres ». Léonard de Vinci

Il fut surpris de voir cette jeune femme s’asseoir devant lui et se présenter sur son nom de femme mariée. Puis elle lui dit qui elle était sans qu’il ne dise un mot. Elle lui raconta l’histoire tragique de ses parents, la maison abandonnée, les lettres et les lui remise. Je n’ai pas eu la force de les brûler lui dit-elle. Je vous en laisse le soin. Parlez-moi d’elle. Et pendant une heure peut-être plus il lui raconta ces quatre années de collège. La perte de vue malgré la correspondance. Il y a quarante il n’y avait pas de téléphones portables, les parents étaient plus sévères, les sorties interdites. La vie a fait le reste. Le destin…  Je lui montrai les coupures de presses. Il a sourit. Puis il m’a dit avoir vu le fait divers de mes parents dans le journal. Cela lui avait fait un coup. Et son corps, je n’ai pas su la suite ? Je lui répondis qu’il n’y avait toujours rien de concret. Pourquoi tous les autres ont été retrouvés et pas le sien demanda -t-il, tout en sachant qu’il n’y avait pas de réponse.

 

 

« En oubliant le passé on se condamne à le revivre » Churchill

« Me voilà repartie pour l’Egypte carrefour où l’Orient et l’Occident rencontrent l’Afrique.  Il y a deux ans, avec mon mari nous avions fait la croisière sur le Nil. C’était pour le nouvel an. Une envie de dépaysement, de vacances, de chaleur en plein hiver breton. Nous sommes partis ce matin des Côtes D’Armor pour rejoindre Nantes et retrouver le couple de cousins qui cette fois-ci va nous accompagner au Pays du Nil. Lorsque nous en étions revenus la première fois, nous avions tant de choses à leur raconter que nous leur avons donner l’envie d’y séjourner. Et deux ans plus tard, une envie de revoir ses temples, ses pyramides, son Nil, de bénéficier de son climat en cette période hivernale nous voilà en route pour prendre les cousins qui n’ont pas hésité à faire parti du voyage et direction l’aéroport de Nantes via le Caire… »

Les gros titres du journal du dimanche annonçaient le crash du boeing….à proximité du Caire. 250 passagers aucun survivant. Dans les jours qui suivirent, le journal local précisait qu’un couple de … faisait partie des passagers. Mes parents connus plus ou moins à travers leurs activités professionnelles et autres : les émotions, les commentaires allèrent bon train. Nous même et toute la famille nous étions sous le choc. Le corps de mon père fut rapatrié en premier. Celui de ma mère nous l’avons attendu en vain. Malgré différentes démarches auprès du consulat de France au Caire, nous recevions toujours le même message : son corps n’a pas été retrouvé…

 » Si vous n’êtes pas capables d’un peu de sorcellerie ce n’est pas la peine de vous mêler de cuisine. » Colette

La vie a repris ses droits. D’autres faits divers ont fait la une du journal et le temps a passé. Huit mois déjà depuis la catastrophe, la disparition de nos parents. La maison restée vide depuis, je me décidais d’y aller. Que de souvenirs qui reviennent comme des flashs. Tous ces repas que nous avions pris ici. Ma mère aimait cuisiner. D’ailleurs elle tenait un restaurant pizzéria au moment des faits. Elle s’était associée avec sa soeur. Celle-ci aujourd’hui avait remplacé ma mère par un cuisinier. Le restaurant continuait…   

Le bureau de ma mère. Mon Dieu, il va falloir des semaines pour tout ranger, trier, jeter ! Ma motivation était telle que, assise dans son fauteuil qu’elle avait eu pour la fête des mères voilà bien longtemps et usé avec le chien qui aimait bien se pelotonner dedans, je restais là à ne rien faire, le soleil chauffant mon corps en cette belle journée de septembre et les souvenirs de mes parents qui arrivait comme la pub à la télé ! Combien de temps je suis resté là ? Puis je me suis mise à farfouiller, tâter les mille et une choses qu’il y avait dans le bureau. Sous mes doigts j’ai senti une boite que j’ai extirpée dessous un tas de dossiers. Une boite en ferraille qui avait au moins cinquante ans… La fermeture était cassée, elle avait été forcée on dirait. Je l’ouvrais et à l’intérieur des lettres que je me suis mise à lire. Je découvrais à travers ces pages la vie d’adolescente de ma mère, au collège, avec ses parents, à travers la lecture de quelqu’un qui lui écrivait avec ardeur…

 

Il faut croire en ton étoile et te dire que tu possèdes en toi les qualités qui permettent de réaliser ton œuvre. Dr Victor Pauchet

Aie la foi. Il faut croire en ton étoile et te dire que tu possèdes en toi les qualités qui permettent de réaliser ton œuvre. Sois ton propre maître, ne compte que sur toi-même ; voilà la première vertu. Dr Victor Pauchet