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J’aime la bicyclette pour l’oubli qu’elle donne. J’ai beau marcher, je pense. A bicyclette je vais dans le vent, je ne pense plus, et rien n’est d’un aussi délicieux repos. Emile Zola

C’est vrai à vélo, je ressens moins de pensées obsédantes; celles-ci sont peut-être détournées par le regard sur le paysage, l’attention  portée inconsciemment sur la maîtrise de la bicyclette, l’équilibre. Pédaler, diriger son guidon, le corps est en mouvement, ce qui fait que les pensées bien sûr sont là mais légèrement perturbées par l’engin. Comme disait Zola, rouler dans le vent détend énormément. Grisée par l’air tu as envie de crier, de chanter. Tu te sens bien.

La course à pied c’est autre chose. Tu es là, face à toi même. C’est alors que les pensées t’envahissent, te torturent. Tu essaies de te concentrer sur ton corps, sur ce que tu ressens, sur tes pieds leurs appuis sur le sol,sur ta respiration, mais cela ne dure pas. Ton esprit vagabonde. 

Après peut-être, comme dans la méditation, il faut laisser les pensées venir comme des nuages dans un ciel serein, et les laisser repartir…

Victoire Kephale

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Le vélo prépare à la rêverie et libère la pensée. Jean-François Balaudé

Pour Jean-François Balaudé, philosophe et grand adepte de la bicyclette, pédaler permet l’éveil de l’esprit. La répétition du mouvement circulaire et l’absence de chocs n’y sont pas pour rien.

Le fait d’être engagé dans un effort long fait passer le corps par des états très divers. Cela va bien au-delà de la dépense physique, il y a une dimension spirituelle de contrôle de soi, d’expérience de vérité, de découverte de soi-même et du monde. C’est une sorte d’exercice de métaphysique incarnée.

J’imagine que les autres sports d’endurance aident à la méditation, mais le vélo s’y prête particulièrement bien, puisque c’est un sport sans chocs, sans traumatismes, sauf, bien sûr, lorsque l’on chute.

L’amorti du pneu donne une souplesse et un confort au corps en mouvement, ce qui facilite particulièrement la méditation.

On réitère à l’infini un mouvement circulaire. Cela a, en quelque sorte, un effet de berceuse, qui prépare à la rêverie intellectuelle et libère le sentiment et la pensée. Je suis souvent parti à vélo avec des questionnements philosophiques qui me travaillaient et j’ai fait là l’expérience de la pensée sans contraintes.

Notamment dans les ascensions de cols, on approche d’une sorte de purification spirituelle et d’extase de la pensée, au-delà de l’articulation discursive, où l’on ne fait plus la distinction entre ce qui pense et ce qui est pensé, entre l’esprit et le corps, entre soi et l’extérieur. Cet état est proche de ce que décrit Plotin, même si cet auteur platonicien méprisait les sensations corporelles et préconisait un « arrachement » de l’âme au corps.

Jean-François Balaudé